Financement par ICO/STO : cadre juridique français

Les ICO (Initial Coin Offerings) et STO (Security Token Offerings) constituent des modes de financement alternatifs encadrés par la loi PACTE et le règlement MiCA. Analyse du cadre juridique français.

Par Équipe Finalib - Rédaction Finalib - Publié le 20 octobre 2025 - Mis à jour le 13 juillet 2026

Temps de lecture estimé : 10 minutes

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Questions fréquentes

Quelle différence entre ICO et STO ?
L'ICO émet des utility tokens (jetons d'usage, accès à un service) sans droits financiers. La STO émet des security tokens (actions, obligations) avec droits financiers. La STO est soumise au droit des marchés financiers (MiFID II, Prospectus), l'ICO au régime optionnel AMF + MiCA depuis décembre 2024.
Le visa AMF est-il obligatoire pour une ICO ?
Non, il est optionnel. Mais depuis MiCA (déc. 2024), tous les émetteurs doivent publier un white paper conforme, même sans visa. Le visa AMF reste un gage de crédibilité apprécié des investisseurs institutionnels.
Peut-on investir dans une ICO via son PEA ?
Non, les utility tokens ne sont pas éligibles au PEA. L'investissement en ICO/STO se fait en cadre fiscal classique : PFU 31,4 % en 2026, déclaration sur formulaire 2086 (utility) ou 2074 (security).
Quels sont les montants moyens levés en ICO/STO en France ?
ICO avec visa AMF : 2-5 M€. STO institutionnelles (ex : SG-FORGE) : 10-100 M€. Le marché s'oriente vers les STO pour la meilleure protection juridique dans le cadre de MiCA.
Un rescrit fiscal est-il recommandé avant une ICO/STO ?
Oui, fortement. La qualification fiscale des tokens est complexe et évolutive. Un rescrit (art. L. 80 B LPF) permet d'obtenir une prise de position opposable de l'administration sur la qualification et le traitement fiscal de l'opération.
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Fiscalité
10 min20 octobre 2025

Financement par ICO/STO : cadre juridique français

Finalib

Équipe Finalib

Rédaction Finalib

Financement par ICO/STO : cadre juridique français

Contenu à visée informative, à jour à sa date de publication ; il ne constitue pas un conseil fiscal, juridique ou en investissement personnalisé. Consultez un expert vérifié pour votre situation.

Ce qu'il faut retenir

  • Quelle différence entre ICO et STO ?
  • Le visa AMF est-il obligatoire pour une ICO ?
  • Peut-on investir dans une ICO via son PEA ?
  • Quels sont les montants moyens levés en ICO/STO en France ?

Financement par ICO/STO : cadre juridique français 2026

Les ICO (Initial Coin Offerings) et STO (Security Token Offerings) sont des mécanismes de levée de fonds utilisant la blockchain. L'ICO consiste à émettre des utility tokens (jetons d'usage) en échange de cryptomonnaies ou de monnaie fiat, tandis que la STO émet des security tokens (jetons-titres) représentant des droits financiers (actions, obligations, parts de fonds). En France, le cadre juridique a été considérablement structuré depuis la loi PACTE du 22 mai 2019 et renforcé par le règlement européen MiCA applicable depuis décembre 2024.

À retenir

ℹ️ MiCA (Markets in Crypto-Assets) : Le règlement UE 2023/1114, applicable depuis le 30 décembre 2024, harmonise le cadre réglementaire des crypto-actifs dans l'ensemble de l'UE. Il crée un passeport européen pour les émetteurs de tokens et impose des obligations d'information renforcées, même sans visa AMF national.

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Le visa AMF pour les ICO (art. L. 552-4 du CMF)

Régime du visa optionnel (loi PACTE)

La loi PACTE a créé un régime de visa optionnel délivré par l'Autorité des marchés financiers pour les offres de tokens.

| Critère | Exigence AMF |

|---|---|

| Document d'information (white paper) | Conforme aux exigences AMF (art. R. 552-3 CMF) |

| Séquestre des fonds | Mécanisme de séquestre obligatoire auprès d'un tiers de confiance |

| KYC/AML | Procédures conformes à la 5e directive anti-blanchiment (UE 2018/843) |

| Durée du visa | 6 mois (renouvelable) |

| Droit conféré | Commercialisation auprès du grand public français |

Bilan du visa AMF (2019-2025) : Seules 2 ICO ont obtenu le visa AMF (French ICO et So Music), ce qui témoigne de la lourdeur des conditions. La majorité des émetteurs optent pour une ICO sans visa, limitant la commercialisation.

Attention

⚠️ Depuis MiCA (déc. 2024) : Tous les émetteurs de crypto-actifs (même sans visa AMF) doivent respecter les obligations d'information MiCA : white paper conforme, publicité loyale, droit de rétractation 14 jours pour les offres au grand public. Le non-respect expose à des sanctions AMF.

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Les STO : régime des titres financiers

Les STO émettant des security tokens (représentant des actions, obligations ou parts de fonds) sont soumises au cadre réglementaire des titres financiers.

Obligations réglementaires selon le montant levé

| Seuil | Obligation |

|---|---|

| < 8 000 000 € | Exemption Prospectus possible (art. L. 411-2 CMF) |

| 8 000 000 € à 100 000 000 € | Prospectus simplifié UE (règlement 2017/1129) |

| > 100 000 000 € | Prospectus complet visé par l'AMF |

| Tout montant | Inscription sur un DEEP (Dispositif d'Enregistrement Électronique Partagé) reconnu |

Acteurs nécessairement agréés

| Acteur | Agrément requis |

|---|---|

| Plateforme de négociation secondaire | PSAN (Prestataire de Services sur Actifs Numériques) enregistré AMF |

| Intermédiaire financier | PSI (Prestataire de Services d'Investissement) agréé ACPR |

| Dépositaire des fonds | Établissement de crédit agréé |

| Émetteur STO (si > 8 M€) | Publication d'un prospectus visé AMF |

Conseil

💡 Régime pilote DLT : Le règlement UE 2022/858 (applicable depuis 2023) crée un régime pilote permettant aux infrastructures de marché d'utiliser la blockchain (DLT — Distributed Ledger Technology) pour l'émission et le règlement-livraison de titres financiers. Ce régime facilite le développement des STO en Europe.

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Cadre MiCA en 2026 : obligations selon le type de token

| Type de token | Régime MiCA | Agrément |

|---|---|---|

| Utility token | White paper obligatoire + obligations information | Enregistrement simple (notification AMF) |

| ART (Asset-Referenced Token) — stablecoin non € | Agrément obligatoire AMF + capital min. | Agrément EME ou PSI |

| EMT (E-Money Token) — stablecoin € | Agrément établissement de monnaie électronique (ACPR) | Agrément ACPR |

| Security token | Hors MiCA → droit financier classique (MiFID II, Prospectus) | PSI agréé |

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Fiscalité pour l'investisseur en 2026

Régime fiscal selon le type de token

| Type de gain | Nature fiscale | Taux 2026 |

|---|---|---|

| Plus-value de cession d'utility tokens (ICO) | Actifs numériques — art. 150 VH bis CGI | 31,4 % (PFU) |

| Plus-value de cession de security tokens | Valeurs mobilières — art. 150-0 A CGI | 31,4 % (PFU) |

| Dividendes de security tokens | RCM — art. 200 A CGI | 31,4 % (PFU) |

| Intérêts de security tokens (obligations) | RCM | 31,4 % (PFU) |

| Staking et mining (rémunération) | BNC ou BIC selon activité | Barème progressif |

Seuil d'exonération : Les plus-values sur actifs numériques sont exonérées si le total des cessions annuelles est inférieur à 305 € (art. 150 VH bis II CGI).

Obligations déclaratives pour l'investisseur

| Obligation | Formulaire | Délai |

|---|---|---|

| Plus-values actifs numériques | 2086 | Déclaration annuelle |

| Plus-values valeurs mobilières | 2074 | Déclaration annuelle |

| Comptes sur plateformes étrangères | 3916-bis | Déclaration annuelle |

| Option barème progressif | Case 2OP sur 2042 | Déclaration annuelle |

Attention

⚠️ Obligation 3916-bis : Tout compte ouvert auprès d'un prestataire de services sur actifs numériques établi à l'étranger doit être déclaré annuellement (amende 750 €/compte non déclaré, 125 €/an si déclaration tardive). Cette obligation s'applique même si le compte ne présente aucun mouvement dans l'année.

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Fiscalité pour l'émetteur (entreprise)

Traitement fiscal des fonds levés en ICO/STO

| Nature de l'opération | Traitement fiscal IS |

|---|---|

| Fonds levés en ICO (utility tokens) | Produit taxable à l'IS si droit à service/prestation définitif — sinon, dette comptable |

| Fonds levés en STO (capital) | Augmentation de capital → aucun produit IS |

| Fonds levés en STO (obligations) | Emprunt → aucun produit IS, intérêts déductibles |

| Tokens émis à titre gratuit (airdrops) | Produit exceptionnel IS à valeur de marché |

Conseil

💡 Stratégie ICO : Pour éviter l'imposition immédiate des fonds levés, l'émetteur peut structurer l'ICO de sorte que les tokens donnent droit à un service futur (accès à une plateforme non encore opérationnelle). La comptabilisation en produits constatés d'avance reporte l'imposition à l'IS jusqu'à la livraison effective du service.

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Avantages et risques du financement par ICO/STO

Comparatif avec les financements traditionnels

| Critère | ICO/STO | Capital-risque | IPO (introduction en bourse) |

|---|---|---|---|

| Délai de réalisation | 3-6 mois | 6-18 mois | 12-24 mois |

| Coût d'émission | 2-5 % | 20-30 % (dilution) | 7-10 % |

| Accès international | Oui (mondial) | Limité géographiquement | Oui (marchés régulés) |

| Contraintes réglementaires | MiCA + AMF | Limitées | Fortes (AMF, ESMA) |

| Liquidité secondaire | Variable (marchés crypto) | Faible (6-10 ans) | Élevée (bourse) |

| Protection investisseur | Croissante (MiCA) | Contractuelle | Forte (réglementation) |

Principaux risques à documenter

| Risque | Description | Mitigation |

|---|---|---|

| Réglementaire | Évolution du cadre MiCA, AMF | Veille juridique, agrément préalable |

| Opérationnel | Risque de hack de la blockchain | Audit smart contract certifié |

| Volatilité | Prix des crypto fluctuants (fonds levés en BTC/ETH) | Conversion immédiate en fiat |

| Réputation | Assimilation aux fraudes ICO 2017-2019 | Visa AMF, transparence, audit |

| Fiscal | Incertitude sur la qualification des tokens | Rescrit fiscal préalable (art. L. 80 B LPF) |

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FAQ — ICO/STO : cadre juridique français 2026

1. Quelle différence entre ICO et STO ?

L'ICO émet des utility tokens (jetons d'usage) donnant accès à un service ou une plateforme, sans droits financiers. La STO émet des security tokens (jetons-titres) conférant des droits financiers (dividendes, intérêts, droit de vote). Sur le plan réglementaire, la STO est soumise au droit des marchés financiers (MiFID II, Prospectus) tandis que l'ICO bénéficie d'un régime plus souple mais encadré par MiCA depuis décembre 2024.

2. Le visa AMF est-il obligatoire pour une ICO ?

Non, le visa AMF reste optionnel pour les ICO émettant des utility tokens. L'émetteur peut réaliser une ICO sans visa, mais ne peut pas la commercialiser auprès du grand public français via des publicités. Depuis MiCA (décembre 2024), tous les émetteurs doivent cependant publier un white paper conforme, même sans visa. Le visa AMF reste un gage de crédibilité apprécié des investisseurs institutionnels.

3. Peut-on investir dans une ICO via son PEA ?

Non, les utility tokens ne sont pas éligibles au PEA. Les security tokens pourraient théoriquement y être éligibles s'ils représentent des actions d'entreprises européennes, mais aucune doctrine administrative ne le confirme et les dépositaires PEA ne proposent pas cette option. L'investissement en ICO/STO se fait dans un cadre fiscal classique (PFU 31,4 % en 2026, avec déclaration obligatoire sur formulaire 2086 ou 2074).

4. Quels sont les montants moyens levés en ICO/STO en France ?

En France, les ICO ayant obtenu le visa AMF ont levé entre 2 et 5 M€. Les STO françaises (comme SG-FORGE de Société Générale, qui a émis 100 M€ d'obligations digitales) concernent des montants plus importants. Au niveau mondial, les plus grosses ICO de l'histoire dépassent le milliard de dollars. Le marché s'oriente vers les STO pour leur meilleure protection juridique dans le cadre de MiCA.

5. Un rescrit fiscal est-il recommandé avant une ICO/STO ?

Oui, fortement. La qualification fiscale des tokens (utility vs security, produit IS ou dette) est complexe et évolutive. Un rescrit fiscal (art. L. 80 B LPF) permet d'obtenir une prise de position de l'administration sur la qualification et le traitement fiscal de votre opération, opposable lors d'un éventuel contrôle. Il est particulièrement utile pour les ICO avec modèle économique innovant ou les STO structurées avec des mécanismes de rendement variable.

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Ce qu'il faut retenir

  • Quelle différence entre ICO et STO ?
  • Le visa AMF est-il obligatoire pour une ICO ?
  • Peut-on investir dans une ICO via son PEA ?
  • Quels sont les montants moyens levés en ICO/STO en France ?

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